Concours « Imagine TGVM »

SNCF a organisé, du 10 septembre au 1er octobre 2020, un concours interne pour permettre à ses agents de dessiner la livrée de la rame d’essais du TGVM, qui entrera en service en 2024. Le constructeur de ces nouveaux trains, Alstom, a lancé la même démarche. Ainsi, les 2 rames de présérie et d’essais seraient décorées : une par SNCF, une par Alstom. Je ne traiterai ici que de la partie SNCF du concours, à laquelle je participe.

Un gabarit de la motrice (M1) et de la première remorque (R1) est donné, ainsi qu’une palette reprenant certaines couleurs de la charte graphique SNCF et TGV INOUI (quelques nuances n’y sont, en effet, pas présentes).

La principale difficulté réside dans le fait de ne présenter que l’ensemble proposé, et non une rame complète : il faut pouvoir séduire le jury et les agents votant sur 2 caisses seulement (+ la face frontale du train). Difficile de proposer une « histoire » déroulée sur plusieurs caisses, qui n’aurait pu être présentée de façon exhaustive. Autres points imposés : la zone de dessin est représentée totalement « blanche ». Une zone autour de la vitre frontale du train, et un bandeau en bas de caisse, grisés, sont interdits de dessin. Enfin, le dessin doit véhiculer l’esprit de TGVM, matérialisé par un « Manifeste », document déclinant la signification du « M » en 6 axes de développement.

Ce concours m’aura sollicité environ 20 jours. De nombreuses idées sont sorties. 14 esquisses ou ébauches ont été réalisées. 4 d’entre-elles ont été développées sur plusieurs caisses afin d’avoir une vue d’ensemble. Cela implique que j’ai dû « concevoir » les remorques suivantes au préalable pour avoir mon fichier de travail. 3 principaux designs ont été départagés grâce à un sondage réalisé sur Twitter et au moyen d’un formulaire Forms. J’avais envie que ce dessin puisse plaire aux voyageurs, aux clients, aux agents, aux passionnés, aux ferroviphiles, au néophytes. En partant du principe que ce que je dessine et proposerai me « plaira » nécessairement, j’ai posé 12 questions aux internautes afin de me permettre de cibler leurs attentes et leurs goûts, pour départager mes idées. Nous verrons les résultats un peu plus tard dans l’article.

En fonction des questions, j’ai ainsi pu recueillir entre 190 et 250 réponses (dont une majorité en moins de 24h sur Twitter).

Je vous présente ici mes pistes de recherche et ébauches, accompagnées d’un descriptif. En un mot : je vous montre tout ce que je n’ai pas retenu !

Avant propos…

Commençons par remonter le temps… Nous n’allons pas très loin cela dit, car nous retournons en 2018 ! Les premières images de synthèse du futur TGV (à l’époque encore appelé sous son nom de projet « TGV2020 »), sont diffusées par SNCF et Alstom.

D’ailleurs, à peu près à la même période, Alstom dévoile une seconde vidéo du concept Avelia Horizon. Regardez, tous les éléments de TGVM sont déjà là…

A cette époque, c’était à peu près tout ce dont nous disposions en matière de visuels de ce train. Une image concept art en HD, et c’est tout. Autant vous dire que d’un côté, cela a de quoi faire travailler l’imagination, mais que d’un autre, la matière à se mettre sous la dent est bien pauvre…

C’est exactement ce à quoi je me suis heurté quand, fin 2019, l’idée me prend d’imaginer une livrée « TGV INOUI » (complètement pour mon plaisir personnel, « pour le fun »). Vous comprendrez sûrement mieux ma motivation à la fin de cet article, mais dans les grandes lignes, j’avais envie de donner à TGV INOUI les mêmes « armes » visuelles sur ses trains que celles dont dispose OUIGO, à savoir : une identité et une image de marque, de produit, forte, reconnaissable parmi cent. Puisqu’avec TGV INOUI, la volonté semblait être de donner un coup de jeune à la marque TGV, à lui donner un niveau plus haut de standing et de confort, il était nécessaire à mes yeux que son image sur ses trains se défasse de l’image SNCF/TGV. La livrée Carmillon de TGV INOUI réutilisant en très grande partie celle de TGV, il fallait créer une fracture visuelle pour que le voyageur/client perçoive une différence notable d’image, et de service.

Vue latérale personnelle, réalisée à partir de la vidéo ci-dessus.

Et pour moi, ce « TGV2020 » était l’occasion rêvée pour procéder à cette fracture visuelle, puisque ces trains n’auront pas connu l’image TGV « classique », contrairement aux générations précédentes de matériel, ce qui peut créer la confusion, ou pire, dénaturer la marque nouvelle qu’est TGV INOUI. J’avais envie de lui permettre d’être mise en valeur sans « rappel », sans confusion, avec la livrée SNCF des TGV. Qui dit nouvelle marque, nouvelles valeurs, dit nouveau visuel.

Sauf que…j’ai eu beau sortir ma planche à dessins, je n’avais aucune base de dessin pour concevoir ma livrée TGV INOUI. Il a donc fallu repartir des vidéos ci-dessus, reproduire l’allure générale du profil du train, la vectoriser, l’importer dans un logiciel de conception 3D, modéliser un semblant de motrice, et enfin seulement, dessiner la livrée. Les seules images réelles qui pouvaient alors faire l’affaire étaient les premières vues des rames Avelia Liberty qui sortent des usines Alstom aux États-Unis, mais moyennant un gros travail préalable de « neutralisation » de l’identité Acela/Amtrak. Et encore ! Ce n’était valable que pour les motrices (qui sont esthétiquement quasi identiques) ! Le mystère était toujours entier sur les remorques, jusqu’alors jamais montrées/aperçues en détails.

J’allais donc travailler uniquement sur la motrice.

J’ai donc dû concevoir non seulement le dessin, mais également le « patron » de mes livrées… Ce n’est qu’à partir de là que j’ai pioché dans les chartes graphiques TGV INOUI et SNCF en m’imposant de moi-même un nombre considérable de contraintes (livrée moins salissante, raccord avec le diagramme de la livrée Carmillon des remorques…).

J’ai d’abord travaillé en dessin 3D, sur le modèle de ma motrice, pour concevoir 2 livrées :

La première, ci-dessus, se voulait toute en fluidité, avec un petit côté « festif », comme une livrée événementielle… Je tenais à une sorte de mouvement sur le nez du train pour permettre, en UM, d’avoir une continuité sur les motrices attelées nez à nez. Mais dans mon idée, il fallait au contraire, quelque chose de plus « commercial », qui pourrait aller à un parc de plusieurs rames. Mon impulsion de départ, c’était ça : redessiner pour le plaisir, la livrée commerciale des futurs TGV pour les mettre aux couleurs de TGV INOUI.

Tout de suite, cette seconde idée est beaucoup plus percutante. J’aime énormément le museau rouge « French Berry », avec le logo SNCF blanc. Il donne une forme de classe et de sobriété que le Carmillon n’a plus forcément aujourd’hui. J’avais évidemment gardé le bandeau gris foncé partant du pare-brise, que je trouvais superbe, déjà sur la vidéo du concept Alstom. Et surtout, cette variante était compatible avec ce que l’on aperçoit de la livrée SNCF des remorques. La motrice était réinventée, sans toucher au tronçon.

Ensuite, j’ai pensé que travailler en 3D était décemment trop lourd, et qu’il valait mieux exporter une belle base 3D pour dessiner en 2D par dessus… C’est ce que j’ai entrepris, en convertissant mon dessin…

Conversion du modèle 3D en dessin latéral, de profil, en 2D.
Version « 2D » avec un essai du nez noir (mais également testé en gris ou en rouge « French Berry »)

Et j’en profite pour me faire un petit « kiff » et décliner tout ça en version 100% Carmillon SNCF, tenez, c’est cadeau !

Je poste tout cela sur mes réseaux sociaux, et je suis rapidement surpris par la portée de ces visuels. Je suis également contacté par un collègue qui a des contacts internes et souhaite les faire remonter à la Com’… Les dessins plaisent ; ils sont vus, et partagés. C’est extrêmement plaisant et flatteur, mais ma démarche n’était pas d’en faire quelque chose de réel. Pour moi, l’histoire s’arrête donc là, avec la fierté que mes dessins aient été « vus ».

Retour en 2020… Vous pensez donc bien que quand j’ai appris le 10 septembre au soir, qu’un concours interne était lancé pour dessiner la livrée de la rame d’essais du TGVM, l’occasion était trop belle, il fallait que je me lance.
C’est l’occasion de faire « pour de vrai », de valoriser, ce que je fais par passion sur mon temps libre depuis des années (IRIS 320, livrée « 80 ans SNCF »…). J’ai réussi à vivre de mon rêve en devenant conducteur, puis à investir mon attrait pour le conception graphique et pédagogique dans de nouvelles missions. Peu importe le résultat de ce concours, pouvoir y participer est déjà une magnifique occasion à mes yeux. Alors c’est parti !

Mais que faire ? Evidemment, la solution de facilité aurait été de reprendre un dessin de 2019 et de l’adapter au schéma latéral du train qui nous était maintenant fourni. Ces dessins ont été vus et aimés de beaucoup, la prise de risque aurait été moindre… Sauf que non. Je trouvais non seulement que mes dessins de 2019 étaient (du coup) trop « commerciaux » et pas assez uniques pour s’appliquer à une rame d’essais. Aussi, il fallait cette fois-ci intégrer la remorque d’extrémité, et même la rame complète dans la réflexion. Et puis, challenge personnel d’éternel insatisfait, j’avais envie de me forcer à me réinventer, à sortir quelque chose de nouveau, qui n’aurait jamais été partagé sur les réseaux, quitte à produire plusieurs styles totalement différents et inhabituels pour moi…

Il y a des éléments que j’allais reprendre et retravailler pour ces nouveaux dessins. Oui, évidemment. Mais une chose est sûre : je ne réutiliserai pas à l’identique, un concept déjà publié !

0 – Premières pistes et tests de couleurs

Recommençant à zéro pour le concours, avec une bonne base officielle de dessin, j’ai donc dû commencer par des choses simples : faire différents essais de fusion de couleurs sur la « maquette » du train, et des tests de marquages. La zone « blanche » où le dessin est autorisé est quand même suffisamment grande.

Ci-dessus : en fushia, les 3 zones ajoutées pour intégrer le bandeau gris imposé en bas de caisse, comportant les marquages. Ces trois zones sont placées en gris clair pour intégrer au mieux le bandeau aux esquisses.

J’en profite pour ajouter d’ores et déjà 3 éléments qui seront sur la quasi totalité de mes esquisses : la prolongation du bandeau gris en bas de caisse, arrondie sur le nez du train, et droite entre motrice et remorque. Cet élément étant imposé, autant l’intégrer au mieux… Puis je tente différentes choses, en repartant de bribes de la livrée SNCF de la vidéo ; j’essaie un marquage « Rame d’essais », et je redécouvre la teinte French Berry…

Ci-dessus : premier essai classique, reproduction partielle de la livrée commerciale.
Ci-dessus : intégration du logo TGVM dans un marquage latéral. L’idée restera sur la quasi totalité de mes dessins.
Ci-dessus : la teinte « French Berry » de la charte TGV INOUI aurait pu donner une bonne variante de la livrée « Duplex », mais fait trop écho à Thalys, surtout avec le logo TGVM en face latérale.

1 – « L’Expérimental »

L’idée de ce premier nouveau concept « Expérimental » était de décliner le logo « TGVM« , dont le M est présenté en « bleu canard ». Je souhaitais donner à ce train un côté « prototype », « laboratoire » : deux concepts que m’inspirait cette couleur. J’ai donc choisi de laisser le nez blanc, et d’y ajouter un « double dégradé » en effet « pixel-art », autour du M. Un premier dégradé, au fond, composé de M tantôt à l’endroit, tantôt inversés (illustrant une sorte de « maillage » rappelant le tissage de certains matériaux composites), permet d’amener doucement du nez blanc au tronçon gris. Le second, uniquement composé de M « à l’endroit » en bleu canard, permet de faire la transition entre motrice et remorque. Le principe était aussi de réinventer/revisiter un dégradé classique, en jouant non plus sur une nuance de couleur, mais sur la densité de motifs unis, principe qui me semble plus actuel.
La porte de la remorque est dans cette même teinte, pour assurer le contraste.

De loin, on aurait ainsi pu voir une illusion de dégradé, mais de près, lire nettement le M identitaire.

La « bavette » sous le pare-brise du train était aussi en bleu canard, pour changer radicalement de ce que l’on connait. Un simple « M » blanc en typo Avenir (police officielle SNCF) prend place sur le nez pour identifier et reconnaître le train.

Le concept n’a pas été plus affiné, car visait surtout à mettre au point le « pixel-art M », pour être réutilisé dans d’autres concepts. Il est donc non retenu en l’état, mais certains éléments seront repris ailleurs.

2 – « Le Ruban Polychromatique« 

Rapidement, l’idée de concevoir la livrée comme un « paquet cadeau » m’est venue. Pourquoi ? Tout simplement car ce train sera visible de beaucoup, mais encore en essais, donc pas encore totalement dévoilé, et encore moins « livré ». Le cadeau ne serait pas encore entièrement déballé. Il fallait donc que la livrée traduise l’esprit du train, sans le dévoiler. Histoire de dire « on ne vous en dit pas trop, laissez-vous porter et imaginez tout ce que ce train renferme ! ». Il faut donc une livrée évocatrice, porteuse de sens, traduisant l’esprit du train et/ou les valeurs du produit qu’il incarnera quand il sera en service. J’ai donc commencé à réfléchir en « paquet cadeau », à partir de là…

Il me fallait donc retravailler deux ingrédients : le papier cadeau et le ruban.

Pour cette seconde idée, le papier aurait été très neutre et sobre. Toute l’originalité aurait été dans le ruban torsadé qui, en se « retournant » de caisse en caisse, aurait changé de couleur pour aborder 9 couleurs fortes de la charte graphique SNCF (1 couleur par remorque). Une façon d’illustrer la pluralité, la modularité du train : chaque caisse pouvant, dans l’absolu, être différente de la précédente et de la suivante. Le soubassement du train est dans le même gris clair que le bandeau imposé, pour l’intégrer. Le haut de caisse est « Carbone », écho à la livrée du train V150, du record du monde de vitesse de 2007. En vitesse, le ruban se serait déployé entre les deux motrices et aurait tournoyé pour laisser voir ses multiples couleurs.

Ci-dessus : version antérieure du tronçon, sur fond blanc. La motrice aurait eu son morceau de « ruban » non pas blanc, mais Carbone. L’ordre des couleurs entre les remorques 1 et 2 était également interverti, moins cohérent.

Le gros défaut de ce dessin est un côté trop « plat », trop classique. La version antérieure était trop « déjà vue ». Sans compter que ne montrer que la motrice et la remorque 1 n’aurait pas permis de se rendre compte du motif général. Ce concept a donc été recalé.

3 – Retour au « M » pixel-art

Peu de choses à dire sur ce concept, que je n’ai même pas poursuivi. L’idée de départ était de supprimer ce nez totalement blanc, trop salissant (surtout sur un train d’essais qui va circuler pendant 2 ans partout en France et en Europe…), et beaucoup trop proche de la livrée Carmillon SNCF sur laquelle l’image TGV INOUI se base jusqu’à présent.

J’ai donc repris mon « pixel-art M », et l’ai décliné sur la motrice, du « French Berry » vers le « Carbone ». J’aime assez les livrées sur fond foncé. Toujours est-il que je ne suis même pas allé jusqu’à la remorque. L’inspiration ne venant pas, j’ai abandonné ce concept en l’état.

4 – « GearWorks »

« GearWorks »…? Oui, pour la contraction anglophone de « gear » (« engrenages ») et « fireworks » (« feux d’artifices »). J’avais en tête l’envie de faire quelque chose de festif, d’explosif, de coloré (esprit serpentins et cotillons…). Ce train, ce nouveau train, est une forme de fête à lui tout seul. Non seulement pour les promesses techniques qu’il fait, mais car il incarne une façon différente de concevoir le transport ferroviaire à grande vitesse. Alors il fallait fêter ça. Et quoi de mieux que des feux d’artifices pour symboliser la fête ?

C’est donc un fond foncé que j’ai utilisé. J’ai aussi fait l’essai sur fond blanc, mais je voulais vraiment éviter le blanc, déjà trop vu sur des rames d’essais précédentes.

Ci-dessus : version « fond blanc ». Jolie, et réduisant le soucis d’adaptation du nez, mais encore majoritairement blanche…

J’ai donc commencé à dessiner mes éclats de feux d’artifices, mais de façon à les assembler comme des engrenages. C’était une façon d’allier le côté festif avec le côté mécanique, technique, moderne. Un peu comme dans un esprit « steampunk » très très modernisé, presque pop.

Le souci, c’est que je n’ai pas réussi à décliner la livrée foncée sur le nez du train, et que je ne voulais pas habiller le tronçon uniquement de ces motifs : ça aurait été lassant, et totalement illisible en vitesse. Et les motifs ressemblent trop à ce qui avait été fait sur la rame 65 pour les 30 ans du TGV… À l’approche de ses 40 ans, ça aurait pu être de mauvais goût…

5 – « Manifeste Vert »

« Manifeste Vert », car c’est la dominante principale de cette livrée, à savoir, la déclinaison (principalement « écolo ») du Manifeste.

Rendons à César ce qui lui appartient, cette idée m’a été soufflée par un collègue alors que nous discutions du concours au bureau. « Essaie de mettre en avant le côté écolo, et décline le Manifeste avec des éléments en forme de M en partant, pourquoi pas, d’une fleur dont un pétale s’envole ! ».

Ci-dessus : vue de détail de la fleur, origine du motif en motrice. Pétales et feuilles sont des « M » stylisés.

L’idée, excellente, était lancée. Partir d’une fleur sur la motrice, dont les feuilles et pétales sont des M stylisés, envoler un pétale, donner une impression de vent, qui fait tourner 3 éoliennes dont l’extrémité des pales est un M (si, si, voir l’image ci-dessous !). Ces éoliennes produisent l’énergie, dont un circuit électrique dessine un M en remorque 2 et accompagnant le slogan « Maîtrise de l’énergie », un des points du Manifeste. On aurait ainsi pu arriver sur un aspect « Maintenance prédictive connectée », qui renvoie au Wifi, lui-même, au confort à bord, puis à l’accessibilité sur les dernières voitures.

Ci-dessus : zoom sur les éoliennes. Le M y est également présent.

Très honnêtement, je trouvais le concept superbe. Cette livrée aurait regorgé de petits détails dont je suis friand. Et même si je finissais par manquer un peu d’idées pour décliner l’intégralité du Manifeste, l’idée globale était sincèrement excellente. Si tu me lis, merci Hugues !
Reste que j’avais plusieurs petits soucis avec mon interprétation de son idée : le fond blanc déjà, uni sur tout le train, mettait certes les graphismes en valeur, mais…c’était ENCORE du blanc. Et puis, je craignais que ce soit vite chargé visuellement, sans cohérence directe entre la tête et la queue du train. Inutile d’ajouter qu’à pleine vitesse, aucun mouvement global n’aurait été donné. Cette livrée est superbe (à mon sens), mais pour une présentation en atelier, à InnoTrans, pour quelque chose de statique, à l’arrêt, ou en photo. En dynamique, en ligne, je suis moins convaincu…

C’est donc pour cela que j’ai mis de côté ce concept, à contre-coeur, même si je pense qu’il pourrait trouver un usage plus pertinent que pour 2 ans de circulation en essais… De toutes façons, là aussi, ne présenter que 2 caisses sur 11 n’aurait pas permis de juger la livrée de façon exhaustive. Je ne sais pas si Alstom et SNCF ont prévu d’envoyer une rame TGVM au salon InnoTrans 2022 ou 2024, mais typiquement, ce serait l’occasion rêvée pour ce genre de livrées !

Ci-dessus : la déclinaison « circuit imprimé » sur la motrice. Motif rapidement abandonné.

Pour l’anecdote, une variante moins « écolo » et plus « technique » m’est venue suite à une autre idée soufflée : habiller le train d’un circuit électrique (merci Lisa !). L’idée est directement dérivée des remorques 2 et 3 du dessin « Manifeste Vert », et j’ai voulu pousser le concept jusqu’à « imprimer » sur le train, un circuit électrique (très simplifié) du train lui-même. Comme pour rendre compte de la complexité interne de la machine. Les principaux organes de la chaîne de traction étaient représentés par de simples formes géométriques. L’idée aurait pu être sympa, mais se rapprochait trop de l’esprit des motrices pelliculées sur TGV Est en 2006 (d’ailleurs également suite à un concours, externe celui-ci !). Le risque était également double : s’attirer les foudres des spécialistes/cheminots/passionnés par le côté stylisé/simplifié à l’extrême du concept, et être totalement inaccessible par les néophytes qui n’auraient pas pu saisir tout le sens de cette représentation. Cette variante a donc vite été abandonnée, au profit du dessin d’origine de ce concept présenté plus haut.

6 – Rubans colorés (le retour) – Version sombre

Dernier motif original, j’ai essayé de compiler un peu mes précédentes idées. Je reste sur le papier cadeau, uni, gris Carbone. En revanche, plusieurs rubans se mêlent tout le long du train. Chaque ruban porte une couleur forte de la charte SNCF et couvre 1 à 3 caisses. Le fond gris foncé est au papier cadeau, ce que le rideau rouge est au théâtre : il enveloppe et dissimule la scène. De loin, on aurait eu un vrai dégradé, grâce aux rubans d’épaisseur différente. Idée de modularité, de modernité. Le nez du train n’aurait pas été blanc mais gris, en rappel à la livrée Atlantique (bien qu’une version antérieure prévoyait le nez blanc – voir ci-dessous -). La transition aurait été faite au moyen du « pixel-art M » (dont le fondu est, soit dit entre nous, issu d’une erreur de clic !), comme le passage de l’époque actuelle vers le futur avec ce paquet cadeau roulant.

Ci-dessus : version antérieure du concept. La motrice est totalement blanche et le « pixel-art M », plus long et moins estompé, permet de passer directement du blanc au Carbone. Les marquages sur le tronçon n’étaient pas encore placés. Le bas des portes voyageurs n’était pas non plus habillé.

Principal point négatif : le gris Carbone « empiète » visuellement sur les bandes de couleur et nuit à leur lisibilité. En gros, leurs contours ne semblent pas nets. Aussi, la présentation de la M1 et R1 seules faisait ressortir un côté très sombre, ne correspondant pas à l’esprit de la livrée complète, qu’il n’était pas possible de présenter. Par contre, le clin d’oeil à la rame V150 de 2007 est assumé, comme un « passage de témoin », d’un concentré de technologie à un autre…

7 – Rubans colorés (le retour) – Version claire

Déclinaison directe du dessin précédent, mais sur fond blanc ! « Exit » le gris carbone qui « mord » sur les couleurs. Ici, le blanc fait bien ressortir les rubans et donne un côté lumineux à l’ensemble.
Fidèle à mon souhait de limiter le blanc, j’ai laissé le nez gris et le pixel-art ; le nez du train se salissant plus vite et facilement que les faces latérales. Aucune autre différence avec la version précédente.

L’export de la motrice et la remorque 1 seules était plus flatteur qu’en version sombre, sans toutefois être représentatif de la totalité de la livrée.

En revanche, un gros sentiment de « déjà vu », de manque d’originalité ressort, car rappelant les rames d’essais des LGV Rhin-Rhône et Est Européenne Phase 2, la première disposant néanmoins d’une succession d’un plus grand nombre de couleurs que la seconde. C’est cette impression, et le parallèle inévitable avec la rame d’essais de la LGV Est Européenne, qui, par respect, me font décliner cette idée.

Au final, à quoi s’attendre ?

Pour la livrée « retenue » que je propose au concours, j’ai essayé de mélanger tout ce qui me plaisait dans mes différents essais. J’aime la place que la teinte « French Berry » peut prendre, et l’idée de sérénité qu’elle peut conférer, associée à d’autres teintes. En prenant également en compte le fait qu’elle n’a jamais été utilisée sur une quelconque livrée jusqu’à présent, car issue de la jeune charte TGV INOUI. Je tiens aussi à jouer avec le « bandeau » carbone venant du pare brise sur la livrée commerciale. Ce bandeau, je le perçois comme « l’image Alstom » : il était déjà présent notamment sur les Pendolino EVO de NTV, et sur le concept de l’Avelia Horizon – nom « Alstomien » du TGVM -. Cette marque du constructeur doit pouvoir courir sur la rame et, associée aux couleurs de la charte SNCF/TGV INOUI, illustrer le partenariat d’innovation, la co-conception du train réalisée entre constructeur et exploitant/client. Peut-être garder une idée de « vagues » de couleurs, très stylisées, pour incarner les rubans du paquet cadeau… Conserver le « pixel-art M » que j’aime particulièrement et qui correspond bien, à mon avis, à l’esprit du train. J’aime l’idée d’avoir 2 lectures possibles : une lecture littérale à l’arrêt, et une « lecture » dynamique en mouvement, focalisée sur la mouvance des motifs. Pourquoi ne pas décliner le Manifeste d’une façon similaire au M, en filigrane, motif répétitif. Après tout, un papier cadeau n’est qu’une succession de motifs répétitifs !
Parlant de répétition, j’ai surtout envie que la livrée s’adapte aux caractéristiques du train. TGVM aura la particularité de pouvoir circuler dans différentes configurations : à 7, 8 ou 9 remorques. En extrapolant un peu, il devient tout à fait plausible que certains essais soient faits en composition réduite (comme c’est le cas actuellement sur le RER NG). Dans ce cas de figure, je souhaiterais que la livrée du train soit aussi modulable que lui, et que le retrait d’une ou de deux remorques n’altère pas la continuité du motif, et ne génère pas de faux raccord. Une livrée « cassée » par un changement de composition casserait également l’image qu’elle cherche à véhiculer, et ce serait dommage…

Pour conclure cette partie, je souhaitais revenir sur les résultats du sondage que j’ai partagé sur mes différents réseaux sociaux :

Les 12 questions du sondage. En vert, les réponses « favorisées » par les votants.

Vous avez donc préféré une livrée qui évoque une image de marque, de produit, plutôt qu’un côté « festif/événementiel ». Je suis extrêmement surpris de ce choix (ainsi que de votre perception des dégradés de couleurs). Ce qui m’interpelle, c’est qu’à l’heure actuelle, TGV INOUI se base visuellement (du moins sur les trains), sur l’image SNCF, au travers de sa livrée « Carmillon » légèrement adaptée (grâce à de nombreux logos). Seul OUIGO tire son épingle du jeu avec une identité extérieure de marque/produit forte. Pour preuve, beaucoup vous diront avoir pris « un OUIGO », tandis qu’on dira avoir pris « le TGV », parce que visuellement, extérieurement, aujourd’hui, à quelques logos près, un TGV INOUI ne se différencie pas des TGV d’hier.
L’idée du rebranding de TGV en (TGV) INOUI, aussi fracassant fut-il à l’époque, est donc (aujourd’hui) totalement en accord avec vos attentes. Vous êtes sensibles au produit, pas forcément à l’exploitant, et vous voulez que ça se ressente.

Ça, pour le coup, j’en suis resté stupéfait.

Je suis quand même à deux doigts de dire que ce changement de nom de marque était (tous comptes faits) avant-gardiste, précurseur, (trop ?) ambitieux, pour son époque, et que le « bad-buzz » qu’il a généré n’a fait que minimiser l’impact « marque/produit » de ce nouveau nom. En gros, si TGV INOUI s’est contenté de l’image SNCF/TGV sur ses trains, et n’a pas cherché à aller plus loin, j’ai bien l’impression que c’était en partie pour ne pas (encore) s’attirer nos foudres. Comme si notre accueil « glacial » (et je pèse mes mots…) de ce nom avait bridé/sacrifié le déploiement visuel de la marque, et donc réduit son impact sur le client. Après tout ce que je viens de vous écrire, j’avoue que ça me fait réfléchir, et que vu comme cela, je ne suis pas particulièrement fier de ma réaction de l’époque…
Aujourd’hui, quelques années après cela, c’est pourtant ce que vous demandez : une image produit forte et qui vous inspire confiance, sécurité, sérénité.

OUIGO, c’est fait, comme je le disais. D’ailleurs, les couleurs de OUIGO n’étaient pas fournies dans les palettes de couleurs du concours, mais uniquement l’étaient celles SNCF et TGV INOUI. Mais justement, quid de TGV INOUI…?

Et si l’arrivée de ce nouveau train, TGVM, était justement l’occasion d’enfoncer le clou et de partir sur une image produit TGV INOUI totalement « novatrice », et qui lui serait propre, loin du Carmillon SNCF et du nez blanc ? Et si ce train était justement le vecteur d’une image douce, sans placarder des logos partout (coucou Ile de France Mobilités…), une image apaisante, qui véhicule les « valeurs » du produit ? En marquant une « rupture » visuelle avec TGV (et donc la livrée Carmillon SNCF), on pourrait donner ses chances au produit « modernisé, revu et corrigé », et ainsi coller à vos attentes.

Si vous m’avez suivi jusque là, vous aurez sans doute aperçu les grandes lignes de ce que j’ai préparé : mélanger ces derniers paragraphes à l’esprit, à « l’ADM » de TGVM.

Cette proposition de livrée, je ne vous la partage pas tout de suite. Gardons le suspense encore quelques temps… Si ma proposition figure dans les 20 idées retenues au cours de la première vague de sélection, je vous la partagerai sur mes réseaux sociaux pour permettre aux collègues qui l’apprécieront, de voter pour elle. Donc au mieux, pas avant le 22 octobre, date d’ouverture des votes de la seconde phase de sélections du concours.

D’ici là, j’espère que vous aurez pris autant de plaisir à suivre cet article, que moi à l’écrire, à dessiner, à me creuser la tête jours et nuits. Si je participe à ce concours, c’est (je me répète) dans l’espoir de voir « valorisé » quelque chose qui, pour moi, est un hobby. Je ne suis pas designer, je ne suis pas graphiste, je ne suis pas expert en communication. Je travaille quotidiennement avec les chartes graphiques de l’Entreprise sans avoir la moindre formation en design, en illustration. Parce que c’est ce que j’aime, car c’est une forme « 2.0 » d’exprimer ma « passion », suite logique des dessins que je faisais à main levée sur une feuille de papier quand j’étais enfant. Mon plaisir est dans la conception, la création, l’innovation. Cette livrée que je propose, elle me plaît, bien entendu. Mais j’aimerais qu’elle vous plaise à VOUS, tous. Il n’y a aucune « valeur » à participer à une opération comme celle-ci si l’idée n’est pas empreinte de partage. Je n’aurais aucune gloire à participer si cette livrée ne vous plaisait pas, et si elle ne vous « ressemblait » pas un minimum, si elle ne répondait pas à vos attentes et à vos sensibilités. J’ai eu à coeur de vous impliquer dans mes recherches pour m’aider à départager mes idées. Ce TGVM pelliculé, j’aimerais que ce soit « notre » train à tous : voyageurs/clients, agents SNCF, néophytes, ferroviphiles… J’ai vraiment envie que l’image de ce train d’essais plaise et que tous les avis soient pris en compte, y compris ceux de personnes ne pouvant voter.

Je terminerais simplement en remerciant tous ceux qui ont voté au sondage. Ceux qui m’ont soufflé une idée, celles qui m’ont fait faire un clic maladroit qui a finalement été déterminant dans l’un des projets ci-dessus. Ceux qui m’ont donné leur avis, qui m’ont boosté, rassuré : les amis, les proches, les collègues… A ceux qui m’ont envoyé un message, un tweet, en me disant « Regarde ce concours, c’est fait pour toi, fonce, je compte sur toi ! ». Évidemment, j’aimerais avoir la fierté de voir un train décoré « de ma main », en sachant que vous y avez contribué d’une certaine façon, évidemment. Mais quelque soit l’issue du concours, je reste heureux d’avoir pu bénéficier de vos idées, avis, soutiens. Je ne peux tous vous citer, mais il y a au moins quelques noms qui me viennent : William, Maman (évidemment), Thomas, Guillaume, Cyp, Brice, Antoine, Seb, Lisa, et tous mes collègues #TeamCellulePéda du CIFT…

J’espère sincèrement avoir d’excellentes nouvelles à vous partager dans les prochaines semaines, si le jury retient mon dessin pour la suite du concours… A suivre…

Publié par Théo

Passionné par la technique du système ferroviaire et celle du matériel roulant, j’ai fait quelques arrêts au cours de mes études, à l’Ingénierie sur IRIS 320, à l’info voyageurs pour TER PACA et à la maintenance tramway chez Keolis. J’ai finalement trouvé ma voie comme conducteur occasionnel sur le RER D, et comme concepteur pédagogique à la Direction de la Traction chez SNCF Voyageurs.

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